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Réforme des bulletins de salaire en France : ce que ça change pour vous 

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La paperasse coûte à la France 84 milliards d’euros, soit le PIB du Grand-Duché de Luxembourg.

Selon le ministre de l’économie Bruno Le Maire, c’est le prix que la France paie pour ses « normes ». 

Le 23 avril dernier, dans le cadre de son plan d’action sur la simplification, M. Le Maire a annoncé vouloir alléger nos bulletins de salaire pour améliorer sa visibilité.

C’est une petite partie de ce plan qui vise à : 

  • créer plus d’activité 
  • simplifier la vie des entrepreneurs en France
  • changer le rapport entre l’administration et les Français.

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Suite à l’annonce de cette proposition de notre ministre des finances au conseil des ministres, je vous propose de replonger dans le contexte de la création des fiches de paie, mais aussi dans les dérives de l’administration. 

Pour terminer, nous verrons ensemble ce qu’implique cette simplification des bulletins de salaire. Allons-y.

1 – Pourquoi avez-vous besoin d’une fiche de paie ?

Avant la création des premiers bulletins de salaire, vous receviez votre salaire en espèces, sans détails ni explications logiques. 

Il n’était pas nécessaire de cotiser ni de détailler les déductions qui s’imposaient à votre paie. Votre salaire brut était votre salaire net. 

Cela signifie aussi que vous n’aviez aucune épargne pension, aucune preuve de revenus (pour un emprunt par exemple), ni aucune couverture. 

Si vous tombiez malade, tout était à votre charge. 

Si vous aviez un accident au travail, aucun fonds n’assurait vos arrières.

Si vous arrêtiez de travailler ou si vous perdiez votre emploi, vous ne touchiez plus rien du jour au lendemain. 

Une erreur était impossible à prouver, qu’elle vienne du salarié ou de l’employeur. Et du côté de l’Etat, cela compliquait la perception d’impôts.

Au XXe siècle, les premières lois sur les conditions de travail et la protection des travailleurs apparaissent.

Après la seconde guerre mondiale, la protection sociale devient de plus en plus importante et les cotisations gagnent en nombre et en espace sur la fiche de paie.

Alors, le nombre de lois imposant des mentions supplémentaires sur les bulletins de salaire augmente pendant près de 60 ans, pour le meilleur et pour le pire. 

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Si les salariés sont de mieux en mieux protégés, la prolifération de ces normes entraîne quelques complications et commence à freiner la croissance…


2 – Les dérives du « business de la norme »

Le besoin de transparence et la bureaucratisation a rendu les fiches de paie de plus en plus complexes. 

Pour chaque type de cotisation et de contribution sociale, il était nécessaire de créer une nouvelle ligne sur le bulletin de salaire. 

Si ces cotisations existent pour protéger des salariés et faire tourner l’économie du pays, les bulletins de paie sont trop chargés et souvent incompréhensibles. Et la gestion de la paperasse prend trop de temps.

D’une part, les salariés ne comprennent pas toujours où part leur argent, et d’autre part, le personnel des ressources humaines perd un temps précieux à décortiquer chaque montant à entrer dans les bulletins de salaire.

Par exemple, les cotisations sociales occupent à elles seules une vingtaine de lignes.

Le coût administratif est élevé. Un chef d’entreprise passerait jusqu’à huit heures par semaine à s’occuper de sa paperasse. C’est l’équivalent d’une journée qui pourrait être dédiée à travailler sur la prospérité de son entreprise.

Ces complications ralentissent la productivité, et donc la production et le rendement des entreprises. A plus grande échelle, c’est un frein pour la croissance économique de la France.

Selon Bruno Le Maire, des « entreprises et des cabinets de conseils ne sont créés que pour traduire et expliquer des normes que nous avons inventées. »

Et parmi ces normes, des bulletins de salaire qui ressemblent à des tickets de caisse de supermarché après les courses hebdomadaires.


3 – Comprendre la nouvelle réforme des bulletins de salaire 

Le remaniement des fiches de paie trouve son origine dans un projet plus vaste. 

Qu’il s’agisse d’administration ou d’autres secteurs, l’arrière-pensée assumée du Ministre de l’économie est de placer la France et l’Europe à la même table que la Chine et les Etats-Unis. 

Les grandes puissances économiques doivent se rééquilibrer.

Le plan de simplification fait partie de cette initiative car la complexité des normes coûte cher. La nouvelle réforme des bulletins de salaire vise à simplifier et débureaucratiser ces normes qui coûtent si cher.

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Bruno Le Maire parle de passer de plus de 50 lignes à une quinzaine.

Cette simplification a pour objectif de rendre les bulletins de paie plus lisibles et compréhensibles. Cela permettrait également d’alléger les procédures sans pertes d’informations pour les salariés. 

De cette manière, les entrepreneurs gagneraient un temps précieux à consacrer à la productivité de leur entreprise.

Bien que l’intention de simplifier l’administration pour donner un coup d’accélérateur à l’économie soit intéressante, l’idée ne convainc pas tout le monde.

Les syndicats se font déjà entendre sur le manque de transparence que cela peut engendrer. Les salariés méritent de savoir exactement ce pour quoi ils cotisent et à quoi ils contribuent.

Le ministre Le Maire assure que cette réforme vise aussi à améliorer la transparence et la confiance entre l’administration et les citoyens.

Notons tout de même que cette réforme est la sixième en 25 ans. 

Cette fois sera-t-elle la bonne ? Les ajustements prévus jusqu’en 2027 nous le diront.


Conclusion

Nos cotisations et contributions ont participé à l’amélioration de l’économie au fil des décennies, et même sauvé des vies.

Mais l’excès de normes a compliqué des données qui étaient censées nous servir.

Si la nouvelle réforme des bulletins de salaire vise à relancer la croissance économique du pays, elle porte également une responsabilité plus large.  

L’Europe doit gagner sa place parmi ses concurrents et partenaires commerciaux américains et chinois.

Et cela passe par un plan de simplification, dont l’un des sujets à la gestion des fiches de paie. 

Pour contrer l’objection des syndicats sur la transparence, Bruno Le Maire indique que l’intégralité des informations restera disponible sur demande par le salarié.

Par conséquent, si les informations doivent de toute façon être encodées et conservées, et si les salariés peuvent demander de recevoir ces données à tout moment, s’agit-il vraiment une simplification ?  

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Aurore Petit-Dulong

CEO Smartportage

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